Mbarek Beyrouk ou l’écrivain du Sahara

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Mbarek Beyrouk ou l’écrivain du Sahara

Sophie Costantini No Comment
Actu Culture La presse écrite
Par Caroline Payet

Mbarek Beyrouk, grand lauréat du prix du Roman Metis des Lycéens 2016, était de passage au Lycée Pierre Poivre le 6 mars 2017. La Terminale L1 a pu le rencontrer à l’occasion d’un entretien organisé au CDI.

L’écrivain mauritanien a été récompensé pour son dernier roman « Le Tambour des larmes », déjà lauréat à Genève du prix Kourouma. Ce dernier relate l’histoire de Rayhana, une jeune fille issue d’une tribu du Sahara mauritanien, qui décide de se lancer à la recherche de son enfant après avoir été contrainte de l’abandonner. Une véritable épopée contemporaine, où se mêlent traditions ancestrales et modernité.

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« Il est naturel qu’on essaie de ressembler à ses idoles »

Mbarek Beyrouk est né à Atar en Mauritanie en 1957. Sa passion pour l’écriture est née de son goût pour la lecture mais est aussi dûe à son père, un instituteur qui enseignait le français et qui lui a insufflé son amour pour la littérature. Francophile mais aussi fervent anticolonialiste, ce dernier considérait le français comme un moyen de s’ouvrir sur le monde et les grands auteurs, et d’avoir des idées émancipatrices. Beyrouk apprend donc tôt le français et est vite séduit par les grands écrivains comme Victor Hugo, pour qui il a « un amour immodéré ». Il se lance rapidement dans l’écriture de nouvelles littéraires. Après sa scolarité, il choisit d’abord de poursuivre avec des études de droit, mais sa passion pour la lecture et l’écriture le poussent finalement à se tourner vers le journalisme.

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« En devenant journaliste, j’ai mieux connu les gens, j’ai mieux connu ma culture et mon pays »

Le choix du journalisme était avant tout motivé par une soif de curiosité vis-à-vis de son pays et des autres, mais il s’inscrivait également dans un combat pour la liberté de la presse dans son pays. Beyrouk crée d’ailleurs en 1988, le premier journal mauritanien indépendant « Mauritanien demain ».

L’auteur explique que la Mauritanie a longtemps été une « zone de tempête », marquée par de nombreux conflits, dont le conflit sénégalo-mauritanien et la guerre du Sahara occidental, mais aussi par plusieurs coups d’état. L’actuel président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz est d’ailleurs à l’origine du dernier coup de force qui remonte à 2008 et qui l’a amené à s’autoproclamer chef de l’État. La situation est aujourd’hui plus stable, selon l’auteur, la liberté de la presse a été acquise. Néanmoins il souligne l’importance du système tribal qui nuit encore à la liberté individuelle des mauritaniens, en particulier lors des élections durant lesquelles les chefs de tribus votent pour les tribus qu’ils représentent. Il y a donc une tension qui est toujours relativement importante entre traditions tribales et « modernité ».

Le journalisme lui a ainsi apporté beaucoup de connaissances qui ont pu être réinvesties dans l’écriture de ses trois romans Et le ciel a oublié de pleuvoir, Le Griot de l’émir et Le Tambour des Larmes.

« Rayhana est une révoltée, pas une révolutionnaire »

 ‘auteur du « Tambour des Larmes » insiste sur ce point : il n’y a pas de dimension politique dans son œuvre. Rayhana, le personnage principal du roman,  n’incarne pas le personnage qui s’insurge contre les traditions au nom de la modernité, elle n’est qu’une malheureuse victime des circonstances. Elle est une révoltée qui revendique la liberté d’élever son enfant en paix. La fin du livre, selon Beyrouk, le prouve très bien : Rayhana choisit de brûler à la fois le livre des droits et le tambour sacré de sa tribu qui symbolisent respectivement les lois d’aujourd’hui et d’antan. L’héroïne est doublement révoltée contre le système passé mais aussi contre le système actuel. La modernité n’aura rien rapporté de plus à Rayhana, explique clairement Beyrouk, pas même son enfant.

« L’acte d’écriture est plus important que ses conséquences »

En ce qui concerne l »écriture, pour Mbarek Beyrouk, l’écrivain écrit surtout pour écrire : la principale finalité de l’écriture, c’est donc l’acte d’écrire. Il n’y a pas de message particulier qu’il tente de transmettre à travers ses œuvres. Il affirme que l’écriture est avant tout une source de plaisir, il ne s’y force donc jamais.

L’écriture, chez Beyrouk, est imprégnée de poésie et s’effectue en deux temps : d’abord il vit le roman, s’imprègne des personnages pendant plusieurs mois, puis il les couche sur le papier. Ses sources d’inspiration sont nombreuses : son environnement, sa culture, ses expériences personnelles… Il précise qu’au cours de l’écriture, les personnages deviennent progressivement indépendants, jusqu’à suivre leur propre logique (Tiens, tiens, aurait-il lu les Faux-Monnayeurs?? 😉 ) qui peut être totalement différente de la sienne : c’est là que réside toute la beauté et l’authenticité de l’œuvre.

Mbarek Beyrouk ne vit pas de l’écriture, « C’est avant tout une passion » déclare-t-il car « un métier doit être une passion ». Quant au succès de ses œuvres, l’écrivain reste très modeste : selon lui, on ne juge pas un auteur sur un prix littéraire. Le prix n’est pas un critère d’excellence loin de là, il est davantage une victoire pour la maison d’édition. Achever un roman constitue la victoire personnelle de l’auteur et son véritable succès.

« Un roman c’est un pays, c’est un voyage »

Pour Mbarek Beyrouk, l’écrivain du Sahara, le roman est un des moyens par excellence de connaître un pays, d’en découvrir la culture, et plus encore, d’atteindre son âme profonde et de toucher sa vérité.

Dans sa richesse de détails,  Le Tambour des Larmes  nous fait voyager avec poésie et rend bel et bien honneur à cette conception du roman.

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Beyrouk a d’autres projets, actuellement en cours. Le Sahara ne nous a donc pas encore révélé tous ses secrets… L’entretien s’est terminé autour de quelques dédicaces et sur un autre voyage: celui de la gastronomie réunionnaise… (D’ailleurs, Mathilde fait le meilleur pâté créole du monde…)

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