«Si tu parles tu meurs, si tu ne parles pas tu meurs, alors parle et meurs !»

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«Si tu parles tu meurs, si tu ne parles pas tu meurs, alors parle et meurs !»

Sophie Costantini No Comment
Actu La presse écrite
Par Anaïs Naze

Selon le baromètre de la liberté de presse de Reporters Sans Frontières, 71 journalistes auraient été tués en 2014. Mais malgré ce nombre conséquent de journalistes tués dans le monde entier, un bon nombre d’entre eux continuent, malgré tortures ou menaces, d’exercer leur profession, de risquer leurs vies au nom de la liberté de presse. Mardi 14 novembre 2015, le Lycée Pierre Poivre a eu la chance de recevoir l’un d’eux, Marciano Romaric Kenzo Chembo, journaliste réfugié politique de Centre Afrique.

Photo en une: Conférence au lycée Pierre Poivre, élèves de terminales et premières,
Source : maisondesjournalistes.org

La liberté de presse est l’un des principaux droits fondamentaux de l’homme, conjuguant en son sein liberté d’expression et liberté d’opinion. Néanmoins, il se trouve qu’elle n’est pas toujours respectée dans de nombreux pays. Censure, menaces, emprisonnement, assassinat, voilà à quoi doivent faire face de nombreux journalistes dans le monde. Néanmoins, ils n’abandonnent pas et cherchent toujours à s’exprimer, car se taire c’est ne pas pouvoir dire ce que l’on est libre de penser, ne pas pouvoir donner son avis sur ce qui se passe dans le pays. Se taire serait accepter les conditions qu’on nous impose, en d’autres mots, se taire c’est se soumettre. Le respect de la liberté de presse est donc nécessaire pour le bon fonctionnement d’une démocratie.

C’est en plein cœur de Bangui que Romaric fait valoir son droit à cette liberté. Âgé de 36 ans, cet homme traverse la capitale de la république Centre Africaine, chaque jour pour recueillir les témoignages d’une soixantaine de personnes environ au nom de son émission de radio « A vous la parole ». Il leur pose ainsi une question sur quelque domaine que se soit, le but étant d’avoir l ‘opinion du plus grand nombre sur un sujet particulier. Rapidement, Romaric et sa radio deviennent très célèbres, en effet ces témoignages sont anonymes, ce qui pousse la population à s’exprimer librement. La situation dans son pays a en effet de quoi se révolter !

En Centre Afrique, nous raconte Romaric, « rien ne va ». La population vit dans une extrême pauvreté. Elle est obligée de subvenir à ses besoins avec moins de un euro par jour, pendant que ceux qui sont au pouvoir roulent dans des voitures luxueuses.

Néanmoins, personne ne peut rien dire, continue-il, puisque si quelqu’un ose protester il est « jeté comme un sac de farine dans la rivière ».C’est de cette manière que la peur s’est nichée au sein de la population où chacun refuse de protester de peur d’être tué…

Eh bien Romaric lui, a décidé de ne pas se laisser faire, et assurer cette émission coûte que coûte ! Transmettre les préoccupations de ses concitoyens et ainsi dénoncer le régime politique du pays par la presse, voilà ce à quoi il aspire. Même après avoir été menacé et agressé par divers hommes politiques, même après  l’assassinat de son frère , même après avoir été menacé de mort pour qu’il mette fin à sa radio, il a continué de se battre pour la liberté de presse, pour changer l’histoire de son pays.Un pays « démocratique », nous dit il où il y avait un président et sa famille au pouvoir depuis 2003 (jusqu’à 2013), un pays où les gens ont peur et n’osent pas s’exprimer, un pays démocratique où les hommes politiques cherchent à éliminer une radio jugée subversive pour eux.

Kenzo-Chembo
Maricano Romaric Kenzo Chembo Source : globaljournalist.org

Mais voilà ce que Romaric déclare : « Si tu parles tu meurs, si tu ne parles pas tu meurs, alors parle et meurs ! ». Oui, parler, dénoncer, critiquer dans un pays où les libertés sont bafouées c’est dangereux, oui nous pouvons mourir, mais dans ce cas là, cherche-t-il à nous faire comprendre, autant mourir pour une bonne cause ! Et parler pour essayer de changer l’histoire c’est ce qu’il a fait et continuera de faire jusqu’à y parvenir.

De par son intervention dans l’établissement, bon nombre d’entre nous, élèves de terminales ou de premières, avons su nous rendre compte de l’enjeu du métier de journaliste. Il comporte de plus de nombreux risques et le témoignage de Romaric n’en est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Mais malgré cela, la liberté de la presse, notre liberté de nous exprimer librement n’est elle pas un droit fondamental que nous devons préserver et perpétuer ? N’est elle pas indispensable pour ne pas être soumis et manipuler et ainsi pouvoir vivre pleinement ?

Chacun d’entre nous est reconnaissant envers Romaric, cet homme de courage qui se bat pour ce qui lui paraît le plus juste, qui se bat pour le respect des libertés de l’homme, et qui nous a ouvert un peu plus les yeux sur la chance que nous avons de vivre dans un pays où la liberté de s’exprimer est garantie.

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Affiche de sensibilisation Reporters sans frontières « Some countries treat journalist like you treat a pencil. »